STATION BALNEAIRE
Lieu de séjour situé en bord de mer conçu et aménagé pour l'accueil des touristes. De nombreux pays dotés d'une façade maritime se sont équipés de ce type de complexe afin de répondre à l'accroissement de l'activité touristique. Les stations balnéaires ont commencé à apparaître dans la seconde moitié du XIXème siècle. En France, La Baule est une des premières stations balnéaires qui se développe à partir de 1879 avec l'arrivée du chemin de fer. Lors de l'instauration des premiers congés payés en 1936, le tourisme se démocratise progressivement et se développe. Les vacanciers viennent alors profiter de la mer sur des plages publiques accessibles à tous. L'appellation station balnéaire désigne un ensemble urbain conçu à l'échelle d'un site tandis que des réalisations privées viennent s'appuyer sur la structure urbaine qui est pensée par rapport à la mer. La façade maritime est en général constituée d'une promenade plantée le long de laquelle sont implantés des immeubles résidentiels ou des hôtels. Ce sont notamment celles de Cannes en France, de Brighton en Grande-Bretagne, de Daytona Beach aux Etats-Unis, d'Akaba en Jordanie, de Fujisawa au Japon ou de Guadalajara au Mexique. Reste que la plupart des complexes datant des années 1960 et 1970 a été implantée au mépris du paysage environnant avec des conséquences irréversibles sur les littoraux. Certaines cités balnéaires ont été bâties de toutes pièces sur des sites vierges de toutes constructions comme la Grande-Motte et le cap d'Agde, dans le sud de la France. Ce qui pose la question, au-delà de l'intérêt économique, du tourisme de masse et de ses conséquences sur l'aménagement du territoire. Comment conjuguer aménagements d'envergure susceptibles de recevoir un nombre important de personnes et respect du paysage en l'occurrence ici d'un littoral ? Dans les années 1920, les premières plages se situent sur le littoral Est de Beyrouth du côté du quartier Medawar. Vers 1930, les nouveaux lieux de baignade se concentrent au niveau du centre-ville à la hauteur du quartier de Zeitouneh et au sud vers Ramlet el Baïda. C'est à partir des années 1940 que les premiers bains ouvrent vers Raouché. Ainsi, la première pierre du Sporting Club de la renaissance, à proximité du phare de Beyrouth, est posée en 1946. Les établissements privés se multiplient et l'exploitation économique et touristique du littoral se généralise. Il s'agit cependant plus de clubs sportifs qui incluent des facilités d'hébergement que de véritables complexes balnéaires structurés à l'échelle urbaine. Et c'est sans doute là que s'arrête l'expérience libanaise en matière de station balnéaire. Les différents projets relèvent d'initiatives privées, isolés de leur contexte et sont souvent réalisés au détriment du paysage, en l'occurrence celui du littoral, faute de s’insérer, dans un schéma d'ensemble de développement touristique. En 1969, le club sportif l'ATCL est réalisé à Kaslik par Gabriel Tabet*. D'une superficie de 5 hectares, ce complexe se compose d'un port de plaisance. Le Club-House qui s'étend sur deux niveaux est de facture fonctionnaliste*. Une grande terrasse entoure la piscine olympique avec douches en plein-air et un snack-bar dont la couverture est constituée par un assemblage de huit triangles en béton brut*. Les questionnements quant à l'opportunité d'aménager le littoral au détriment du paysage et du bien public sont posés dès le début des années 1970. La guerre du Liban vient alors accélérer le processus d’appropriation du littoral par le secteur privé au détriment des espaces publics et de la loi sur les biens-fonds maritimes. En même temps, le conflit est à l'origine d'un nouveau type d'habitat : le centre balnéaire-refuge. Les appartements-studios sont investis afin de se protéger lors des périodes les plus difficiles du conflit. L'absence d'une réelle politique d'urbanisme, l'exploitation économique du littoral et les bouleversements qu'induit la guerre ont pour conséquence une dégradation du paysage et du cadre de vie. Les nombreuses jetées construites sur la mer ont pour effet d'ensabler certaines plages en raison d'une modification des courants marins. Durant la guerre, la deuxième phase de l'Aqua Marina, l'A.M.2, situé à Tabarja, est conçue et réalisée par le bureau de Fadi Joseph Karam*. La composition volumétrique de l'ensemble est basée sur un contraste entre la partie inférieure et supérieure. Un socle, constitué de quatre niveaux en terrasses, supporte une superstructure, grand parallélépipède de huit niveaux, qui est faite d'une association de différents volumes avec notamment la mise en évidence des circulations verticales et des cheminées. Le projet est à mi-chemin entre le mouvement moderne* et le brutalisme*. Les bâtiments-tours de Tabarja Beach et de l’Aqua Marina ont été construits sur des sites qui avaient été classés zones préservées. Le Manar Beach est, quant à lui, de Khalil El Khoury* (1982). Les références de cet ensemble sont la barre corbuséenne. Sur le toit, la piscine comprend une couverture constituée d'arc en béton brut qui rompt la monotonie de ce type de toiture-terrasse. Diverses opérations immobilières de bord de mer voient également le jour entre Chekka et Tripoli. Elles demeurent non terminées pour certaines. Parallèlement, on assiste à la construction des centres Rimal de Nouhad Farhat à Zouk (1982) et Portemilio de Mounir Saroufim* et Maurice Zuber* (1980-1996) qui tentent de recréer l’environnement et les caractéristiques d’un village méditerranéen. Actuellement, il existe une quarantaine de complexes balnéaires avec une concentration au niveau des régions de Jounieh, Maameltein et du Liban Nord. Reste que le projet qui, par son échelle, pourrait être considéré comme une station balnéaire est celui situé à Dbayé. Connu sous le nom de "La Marina", il s'agit d'un projet s'intégrant géographiquement dans le prolongement du projet Linord*, schéma urbain de redéfinition du littoral nord de la RMB*. Les travaux, effectués par la Société Nationale d'entreprise* et débutés en 1983, ont été repris en 1996 et ont permis de gagner 1.030.000 mètres carrés sur la mer. Cette cité englobera les services portuaires, des hôtels, des appartements, des bureaux, des équipements de loisirs, une double piscine olympique et des espaces verts. Le littoral situé au sud de Tyr est, quant à lui, aujourd'hui, la seule partie au Liban quasi-vierge de tous aménagements à caractère balnéaire. Dans le but de préserver cette portion du littoral de projets immobiliers, les pouvoirs publics doivent être à même de pouvoir mieux canaliser les intérêts privés.

